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Brève histoire de l'émaillage

LES PRÉCURSEURS DE L'ÉMAILLAGE

Les objets et bijoux de verre et céramique étaient déjà utilisés au cours du IIIe millenium avant Jésus Christ, colorés et décorés avec des éléments en métal noble ou enrichis avec des pierres précieuses. Cependant, les précurseurs directs de l’émaillage sont la production verrière, utilisé surtout en forme de pierres enchâssées dans le métal, et le niellage, où l’on produit une mixture noire de soufre, cuivre et argent, en utilisant les mêmes techniques et technologies qui ont été adaptés pour la procédé de l’émaillage. Quelques égyptologues associent le Pays des Pyramides avec l’invention de l’émail. Il y a en effet quelques œuvres où l’on trouve des verres enchâssés et fondus sur le métal pendant la XVIIIe dynastie, mais ils ne sont pas du vrai émail, puisque ce matériel demande une liaison permanente avec la surface métallique après une vitrification à haute température. Il paraît, au contraire, que les orfèvres égyptiens disposaient les pierres de verre coloré dans les alvéoles du métal plutôt que les moudre et appliquer sur la surface, comme le vrai émail. 

Selon le célèbre égyptologue T.G.H. James, à propos du pendentif Nekhbet du pharaon Tutanchamun (1332-1323 avant J-C) :

« Entre les nombreuses pièces de bijouterie retrouvés dans la tombe de Tutanchamun, on observe une technique cloisonné avec des incrustations en verre. Le vrai émail cloisonné consiste du remplissage des cloisons avec une poudre de verre et sa cuisson en place, ce qu’on remplit complètement et on fixe les incrustations les petits alvéoles d’or. On n’a aucune confirmation scientifique que cette technique a été utilisée en ce cas. »

C’est donc à Mycènes qu’on doit chercher le vrai berceau de l’émail en 1500 avant Jésus-Christ, quand les orfèvres et les verriers développaient un verre qui ressemble aux pierres précieuses et, après broyage, application et cuisson, forment une liaison parfaite au métal.

Mycènes et Chypre: les deux berceaux de l’émail.

Entre les trouvailles les plus anciennes, il y a un poignard en métal daté au XVème siècle, et les émaux de l’île de Chypre, En particulier, il faut mentionner les six anneaux en or émaillé de Kouklia (XIIIe siècle) et le merveilleux Sceptre Royal de Kourion, avec un pommeau long 16 cm décoré avec des émaux blancs, lilas et verts dans des alvéoles circulaires. En ce cas, on peut déjà vérifier une grande dextérité dans le travail des métaux et de l’émail. Après beaucoup de siècles, cette technique sera connu sous le nom de « cloisonné », tiré des cloisons obtenus avec des fils métalliques où l’émail est appliqué. Les anneaux de Kourion et le Sceptre de Kouklia sont maintenant exposés au Musée de Chypre à Nicosie. 

Anneaux émaillés retrouvés dans la tombe mycénienne (1300 – 1100 avant J-C).

Pommeau du sceptre de Kurion, émail cloisonné, Chypre, 1100 avant J-C.

LES ROUTES DE L'ÉMAIL

On ne possède de trouvailles importantes dans les siècles XIe jusqu’au VIIIème siècle, comme si l’émaillage étaient disparu à cette époque. Cependant, on retrouve la technique en Azerbaïdjan au cours du VIIe siècle avant Jésus-Christ dans le peuple des Scythes, avec une technique d’émail au filigrane qui est une variation du cloisonné. L’exécution des émaux est ainsi précise qu’on peut supposer une existence continue de l’émail, bien si non démontrable. En Etrurie (Italie centrale), Grande Grèce (Italie méridionale) et Séville (Espagne), on peut témoigner la production d’objets à l’émail de grande qualité, datée du VIIème au IVème siècle avant Jésus-Christ. À Cadix (Espagne), on a retrouvé le Collier de Gadir (Ve – IVe siècle) et à Séville le pendentif du Trésor du Carambolo.

Boucles de oreille, émail en filigrane, Île de Milos, VIe siècle

Boucle de oreille, émail cloisonné, VIe siècle

En Gaule et dans la culture de La Tène (Suisse), les Celtes produisent des objets en bronze avec des émaux roux brillants ; dans les îles britanniques, au contraire, on développe des émaux au IIIe siècle avant Jésus Christ. En Grèce, l’émail est venu dans la forme du cloisonné traditionnel en filigrane sur or, la même technique utilisée des Scythes et témoignée du trésor de Kul-Oba en Crimée.

Détail d'un bracelet scythe, retrouvé à Kul-Oba (Crimée), émail cloisonné en or, IVe siècle avant J-C.

En Nubie, pendant la période de Meroë, l’émail atteint son âge d’or avec le merveilleux Trésor de la Reine Amanishaketo (35-20 avant Jésus Christ) après deux siècles d’expérience et expérimentation. Les exemples les plus anciens d’émaillage en Allemagne consistent des trouvailles de la région du Rhin aux jours de la dynastie flavienne (69-96 après Jésus Christ). Pendant son séjour à Rome, l’historien grec Philostratus de Lemnos a écrit que les barbares du nord établis sur les côtes de l’Océan Atlantiques « mettaient les couleurs sur le bronze incandescent, encore une fois un cas de champlevé sur bronze en fusion. 

Bracelet du trésor de la reine Amanichaketo, en Nubie, émail cloisonné, 35-20 av. J-C

Il paraît qu’il y avaient deux routes principales de l’émail dans l’antiquité, qui partaient de Chypre : la première à travers l’Egypte, la Mésopotamie, la Perse, le Caucase et la Crimée, et l’autre à travers la Grèce, la Grande Grèce et l’Etrurie, jusqu’à la Gaule celtique et indépendamment à travers les Balkans jusqu’au Germains. C’est grâce à cette route que le champlevé sur bronze arriva en Grande Bretagne. Ces routes vont se croiser pendant les invasions barbares.

Poêle retrouvé aux Staffordshire Moorlands en Angleterre, champlevé en bronze, IIe siècle

ANTIQUITÉ TARDE

Avec la seule exception des poignards et fourreaux utilisés par l’armée, il y a peu de trouvailles en émail dans l’Ancienne Rome. En réalité, les Romains et les Barbares ensemble ont eu un rôle très important pour ce qui concerne la diffusion de l’émail sur bronze. Grâce à l’expansion de l’Empire, les Romains diffusèrent beaucoup d’objets émaillés d’origine inconnue. C’est la naissance du style gallo-romain où le champlevé donne des résultats plus grossiers. Les trouvailles d’objets médiévaux avec des compositions identiques à celle du verre millefiori romain et c’est pour cela qu’on suppose un recyclage des verres et émaux romains après la conversion de l’Empire au Christianisme qui pourrait expliquer la pénurie de trouvailles. Ce phénomène sera expliqué mieux avec de preuves documentaires quand on parlera des émaux médiévaux.  

Fermoir d'une armure, retrouvée dans la sépolture navale de Sutton-Hoo

Au IVe siècle, les Huns envahissent l’Europe occidentale et forcent les Germains et les Goths à la fuite. Le style du cloisonné Barbare-Romain est réintroduit dans ces térritoires.

HAUT MOYEN ÂGE

Au VIe siècle, les Ostrogoths s’échappent de l’Italie et les Lombards établissent leur royaume à Ravenne, où ils absorbent le cloisonné byzantin. Un des objets les plus importants laissés par les barbares (Ostrogoth, Lombards et Francs) est la Couronne de Fer, créée en plusieurs étapes à partir du IVe siècle jusqu’au VIIIe siècle. La version traditionnelle affirme des origines qui ont été partialement confirmées par l’Université de Milan : l’or de la Couronne vient d’un diadème d’époque constantinienne (350 après Jésus Christ), car Constantin était son premier possesseur, car il était seul sous le règne de Théodoric qu’on commissionne l’addition de 24 plaques avec de l’émail au potassium (500 après Jésus Christ). Les Lombards restaurent et modifient cet œuvre au cours du temps, mais c’est seulement sous Charles Magne que 21 des plaques sont remplacé avec de nouveaux émaux au sodium en occasion du couronnement du premier empereur du Sacré Romain Empire en date 25 décembre 800. Les laboratoires italiens deviennent très célèbres pour les émaux carolingiens de qualité parfaite qui étaient exportées dans tout l’Empire pendant la période entre le Xe et XIe siècle. Un témoin de cette grande importance est l’antependium de l’Autel de St. Ambroise à Milan, produit environs 850 après Jésus Christ par le grand orfèvre Volvinius et une équipe d’artiste connus sous le nom de « Maîtres des histoires du Christ ». 

En Europe orientale, en Géorgie, on trouve des icônes émaillées, actuellement exposées dans le Musée des Beaux-Arts de Tbilissi avec les Tryptiques de Martvili et Khakhuli qui sont datés aux IXe et XIIe siècle.

La Couronne de Fer, complétée en plusieurs phases entre le 5ème et le IXème siècle après J-C.

Un émail cloisonné byzantine du Retable de l’Autel de Saint Ambrose à Milan (850 après J-C, par l’orfèvre Volvinio).

Les régions allemandes montrent la même évolution dans les siècles VIIIe et IXe, quand l’importation d’émaux de Byzance donna un nouveau impulse aux orfèvres allemands dans la production de véritables œuvres d’art, en particulier de reliquaires. Les œuvres les plus importantes de l’âge ottonien (887-1000) sont ceux produits sous-commission pour Egbert, archevêque de Trèves (950-993). En particulier, on rappelle le Reliquaire du sandale de Saint André, la férule papale de Saint Pierre et le Reliquaire du Saint Clou, qui font partie du Trésor de la Cathédrale de Trèves. 

Autel portable du sandale de saint-André, 45 x 22 cm, Xe siècle

De même temps, en Occident et en Orient on trouve une nouvelle variation du cloisonné, « l’émail mixté », où l’orfèvre creusé les figures dans le métal et ajoutait les fils du cloisonné pour tracer le dessin. C’est la première étape envers l’invention du champlevé sur gravure. Un exemple classique de cette technique est la Couronne de Saint Étienne, symbole nationale de la Hongrie, composé de deux diadèmes daté au XIème siècle. 

Couronne de Saint-Étienne, émail mixté, XIe siècle

Malgré la présence de très peu émaux en style byzantin pendant le Moyen Âge, c’est seulement après la fin de la dispute iconoclaste du IXe siècle que le « mariage » entre l’iconographie et l’art du cloisonné trouve à Constantinople son âge d’or. L’œuvre en émail cloisonné byzantin la plus grande et précieuses est sans doute la « Pala d’Oro » ou Retable en Or de la Cathédrale de Saint Marc à Venise. Le doge Pietro Orseolo I commissionna (976-978) un antependium en or et émail qui sera modifié et accrue sous Ordelaffo Falier en 1105 pour devenir un retable derrière le nouvel autel de Saint Marc ; la « Pala » était épandue successivement deux autres fois sous Pietro Ziani (1209) et Andrea Dandolo (1342). Actuellement, la « Pala d’Oro » compte 250 émaux cloisonné d’origine byzantine. 

Détails de la « Pala d’Oro » de de Saint-Marc à Venise (Xe - XVe siècle, 3,48x1,40 m).

CONQUES ET LES ÉCOLES MÉDIÉVALES

Aux XIème et XIIème siècles à Milan, Trèves et Limoges, on remplace l’or avec le cuivre doré. En 1080-1100 on trouve une nouvelle manufacture d’émail à Conques, où l’on produit des objets à l’émail à thème religieux, sous la guide de l’abbé Begon III. C’est ici qu’on expérimente pour la première fois avec la technique de l’émail champlevé sur gravure, où l’émailleur travaille la base en cuivre au ciseau où aux acides pour créer les cavités pour l’application de l’émail. Conques entre en décadence en 1130 et son héritage passe à quatre écoles différentes : la limousine en France, la mosane en Belgique, la rhénane en Allemagne et une quatrième en Espagne. Ces écoles avaient leurs centres à Limoges, Lièges, Cologne et Silos et toutes ces villes se trouvaient sur le Chemin de Santiago, qui avait favorisé le succès des objets religieux à l’émail en Europe. 

Positions de Conques, Limoges, Lièges et Cologne sur le Chemin de Santiago.

Les auteurs les plus célèbres des écoles mosane et rhénane étaient Elberth de Cologne, Roger de Helmarshausen, Godefroy de Claire et Nicholas de Verdun, l'auteur du Reliquaire des Trois Rois à Cologne et du retable de l'Abbe de Klosterneuburg en Autriche.

A gauche : crosse épiscopale en émail champlevé, 1150 après J-C. A droite : pyxide et châsse-reliquaire, 1200 après J-C. Château des Sforza, Milan.

Il est intéressant que la composition des émaux de cette période ait une composition identique aux verres millefiori romains, comme on a déjà affirmé. Un auteur contemporain, Théophile le presbytère, témoigne dans son Diversarum Artium Schedula que les émailleurs réutilisaient les verres au potassium tirés des œuvres païens pour la production d’œuvres religieuses chrétiennes. Cependant en 1200, les ressources de verre romain étaient presque terminées et les émailleurs de Limoges étaient obligés à utiliser une nouvelle composition au sodium avec un contenu plus haut de plomb.

Reliquaire des Rois Mages, réalisé par Nicolas de Verdun. Cologne, Allemagne, 1190-1220.

Au dessous: détail du prophète Amos, aussi du Reliquaire des Rois Mages.

L’École de Limoges est en effet la seule qui a réussi à survivre jusqu’à nos jour après quelques périodes de décadence. Ça a été possible grâce aux décisions du Quatrième Concile Œcuménique du Latran (1215) où l’on décida, sous l’impulse du pape Innocent III, que l’Eucharistie devait être gardé sous clef dans un tabernacle ou un autre récipient, et grâce au Synode de Winchester (1229) qui décida que les colombes eucharistiques (produites à ce but depuis 300 après Jésus Christ) étaient une forme valide de tabernacle. À ce temps, Limoges produisait des colombes eucharistiques très belles en cuivre doré qui étaient à bas prix si l’on compare aux tabernacles à temple en or ou argent. Cela permettait au soi-disant Opus Lemovicense de survivre jusqu’au XIVème siècle avec une production « de masse » qui de contre perd beaucoup de son esprit artistique.

BAS MOYEN ÂGE

À la moitié du XIVe siècle, Limoges commence sa première période de décadence et Sienne en Italie devient la patrie d’une nouvelle technique. C’est le champlevé basse-taille, où l’on applique des émaux translucides sur un bas-relief au ciseau ; de cette façon, les différentes profondeurs donnent différentes résultats d’effets en « Chiaroscuro » et le métal (surtout argent) brille au-dessus de la couche d’émail.

Une restauratrice des Musées Vaticanes a écrit :

« La création d’émaux translucides est due à la fusion de deux différentes expériences technologiques : l’une est la tradition française du relief sur la base métallique ; l’autre est et l’utilisation byzantine d’émaux semi-transparents ».

Flavia Callori di Vignale, “Il Calice di Guccio di Mannaia nel Tesoro della Basilica di San Francesco ad Assisi”, page 133.

La première œuvre en champlevé basse-taille est le Calice de Nicholas IV, maintenant à Assisi, créé par Guccio di Mannaia ; la coupe en argent doré et haute 22 cm et décorée avec 96 émaux translucides de petites dimensions. La technique de Guccio di Mannaia a gagné immédiatement du succès et a été adoptée et améliorée par d’autres orfèvres pour la création de coupes et patènes eucharistiques. On rappelle en particulier Duccio di Donato, Tonino di Guerrino et Andrea Riguardi. En 1337, un autre artiste de Sienne, Ugolino di Vieri, produit un grand chef-d’œuvre, le Reliquaire du Corporal de Bolsena, dans la Cathédrale de Orvieto, qui est haute 139 cm et composé par 32 émaux.

A gauche, le Reliquaire du Miracle de Bolsène, réalisé par Ugolino di Vieri (1337 – 1339).
A droite, Calice de Nicolas IV (1288 – 1292) réalisé de Guccio di Mannaia (Musée du Trésor de la Basilique Saint François à Assise) : c’est le premier exemple connu d’émail « basse-taille ».

La technique du champlevé basse-taille arriva successivement en Espagne sous l’influence du roi catalan Jacques I d’Aragon (†1276). En particulier, on rappelle Majorque, qui devenait prééminent pour sa manufacture d’orfèvres qui venait sur l’île de la Provence, de Sienne et de Naples, et bien aussi Valencia, grâce à l’œuvre de Pierre Berneç, un orfèvre et émailleur actif sous le règne de Pierre le Cérémonieux (†1387) et auteur de beaucoup d’objets religieux, comme l’autel d’or de la Cathédral de Gérone. 

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Retable de la cathédrale de Gérone, une oeuvre de Pierre Berneç.

A peu près cette période, la Perse (Iran) devient la patrie d’une nouvelle production artistique sous le règne de Ghazan Khan (1271-1304). Les émaux sont une miniature sur émail blanc avec des motifs à figures géométriques et fleurs, avec le style traditionnel islamique. La technique est connue communément sous le nom de minakari, qui signifie « paradis », un nom inspiré des couleurs azurs et bleus qui sont prévalent en ce style.

EXPERIMENTS ENTRE LES SIÈCLES XIVe ET XVe

La première preuve documentée de l’existence de l’émail de plique est un inventorie du Pape Boniface VIII daté 1295, où il est appelé en Latin smalta clara. Cependant, le premier exemple qui est arrivé jusqu’à nos jours est la Coupe de Mérode avec le couvercle, en vermeil émaillé, produite en Bourgogne en 1400. L’objet prend son nom de l’ancienne famille Mérode, qui était les propriétaires originaires de la Coupe.

La Coupe de Mérode, vermeil et émail de plique, produite en Bourgogne en 1400

Pendant les années 1380-1420, les artistes commençait à expérimenter avec de nouvelles formes de décoration qui montre plus « courage » que les précédentes. En particulier, c’est le moment de l’émail en ronde bosse, développé à Paris et Londres. Une raison possible pour ces développements est que le Massacre de Limoges (19 septembre 1370) pendant la Guerre des Cent Ans (1337-1453) a causé une crise de l’École de Limoges et ses émailleurs ont trouvé hospitalité à Paris sous le patronage de Jean de Valois, le Duc de Berry. Les émaux en ronde bosse de cette période sont le Reliquaire de Montalto (1377-1380), créé à Paris par l’orfèvre et valet du roi Jan du Vivier et modifié par un orfèvre vénitien en 1460 ; le Reliquaire de la Sacre Épine (1380-1387), le Cheval d’Or de Charles VI et la Table de la Trinité, haut 44,5 cm. Il faut mentionner aussi le célèbre bijou de Dunstable.

Trois des premiers émaux en ronde bosse. Á gauche: Reliquaire de la Sainte Épine, 1380, British Museum (Londres, Royaume-Uni); au centre: Cheval d'Or, 1404, Église de Sainte Anne (Altötting, Allemagne); à droite, Table de la Trinité, 1411, Musée du Louvre (Paris, France)

Dans les premières années du XVe siècle, l’émail persan arrive de l’Iran et Pakistan jusqu’à la Chine, où il est connu comme « objets islamique » dans le livre Ge Gu Yao Lun.

LA RENAISSANCE : ÉMAUX PEINTS ET PEINTURES SUR ÉMAIL

Pendant le XVe siècle, en Italie septentrionale, à Venise en particulier, on passe du champlevé à la peinture à l’émail, une imitation de la porcelaine peinte. 

Exemples de peinture à l'émail en Italie du nord pendant au XVe siècle

Le grand renouvellement dans le champ de l’émaillage était la création de l’émail peint, qui a été presque contemporaine en Italie et en France. Jean Fouquet a appris l’art de l’émaillage du maître italien Filarete et a été le premier à produire un camaïeu à l’émail dans une technique proche de l’émail peint e de la grisaille, quelques années en avance. L’émail était prêt pour devenir un art véritable : les figures naïves et stylisées du cloisonné et champlevé ont été abandonnées et remplacées avec la précision de la peinture à l’huile. La brillance et la palette de couleurs étaient améliorées quand la technique était combinée avec les paillons d’or et argent. Á la fin du XVe siècle, on trouve 40 œuvres attribuées au même auteur ou atelier, connu aux experts sous le nom de « Prétendu-Monvaërni ». Le style a déjà les traits principaux de l’émail peint, mais la qualité ne peut pas être comparé aux peintures plus évolues du XVIe siècle.

Autoportrait de Jean Fouquet, considéré le premier exemple d’émail peint (Louvre).

Flagellation, Prétendu-Monvaërni, émail peint, 14 x 16 cm, Limoges, XVe siècle

La première œuvre en pur émail peint est la Crucifixion de Nardon Pénicaud (1470-1542), datée 1503. Nardon est le premier d’une dynastie d’émailleur de Limoges. L’œuvre, commissionnée par René II, Duc de Lorraine (1451-1508), est maintenant au Musée de Cluny. Dans cette période nait la technique de la grisaille, environs 1530. Les créations meilleures combinent l’émail peint, la grisaille et le translucide sur la même pièce. La technique sera la source d’un nouveau succès de Limoges. Entre les meilleurs artistes, il faut mentionner Pierre Courteys, Pierre Reymond, Nouailher, Jacques Laudin, Jean de Court et sa fille Susanne de Court, la première femme connue par nom. Il y a aussi quelques artistes anonymes comme le Maître de l’Énéide. 

Crucifixion de Nardon Pénicaud, émail peint, Limoges, 1503

L’émailleur plus célèbre est certainement Léonard Limosin (1505-1577), le premier à être officiellement reconnu comme peintre de court et valet de la chambre du roi. Limosin a été admis à l’Ecole de Fontainebleau et a été capable de produire centaines de portraits et de peintures avec ses propres ébauches. C’est pour ça qu’il est reconnu le plus grand représentant de l’émail de Limoges dans la Renaissance.

Deux oeuvres de Léonard Limosin. A gauche : Flagellation, 1550 après J-C, émail sur cuivre.
A droite : Portrait du Comte du Palatinat Jean Philippe, 1550 après J-C, émail sur cuivre
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Technique de la grisaille. À gauche, la Folie de Jean Laudin (1616-1688). À droite, un émail à thème mythologique, école florentine.

Dans la même période, le raja d’Amber, Man Singh I, accueil des émailleurs du Panjab (Pakistan) à Jaipur et tourne la cité et ses entourages (Delhi et Lahore) dans le premier centre d’émail minakari par importance en Inde. 

À la fin du XVIe siècle, l’art de l’émail décline une autre fois, spécialement à cause du changement de goûts et de la qualité réduite des productions de masse. La technique utilisé au temps, appelé peinture à l’émail, était presque une imitation de la porcelaine. On peut voir le triomphe des peintures à l’émail dans la production de tabatières, poudriers, montres de table et bijouterie. Ce style était parfait pour interpréter le nouveau goût rococo des objets de luxe.

DU XVIIe SIÈCLE À NOS JOURS

Une nouvelle technique appelée « miniature à l’émail » va rénover l’émail en Suisse et en France au commencement du XVIIe siècle. Jean et Henri Toutin à Genève découvre cette méthode d’émaillage en 1632, quand ils commençaient à appliquer des oxydes colorés au pinceau sur un émail transparent. Un de ses disciples, Jean I Petitot, est connu comme le Raphaël de l’émail pour ses œuvres parfaites, en particulier ceux produits sur les ébauches d’Anton van Dyck avec une palette de couleurs créée par le chimiste Turquet de Mayerme. Le portraitiste plus grand est bien sûr Jean-Etienne Liotard. (1702-1789).

Portrait de Luois XIV, le Roi Soleil, miniature à l'émail par Jean Petitot pendant la période 1649-1691.

En 1753 on trouve les premières manufactures d’émail à Battersea (Angleterre).

Pendant un voyage diplomatique en Europe occidentale en 1697-1698, l’empereur russe Pierre le Grand rencontra Charles Boit, un émailleur suédois d’origines françaises qui travaillait chez Guillaume III d’Angleterre. Fasciné par cette technique, Pierre commençait à inviter des miniaturistes occidentaux dans la nouvelle capitale Saint-Pétersbourg. Le premier miniaturiste russe est Grigorij Semënovič Musikijskij (1670-1740) qui venait de Moscou et qui créa les premiers portraits de la famille royale à l’émail. Un autre nom important est ce d’Andrey Grigorovič Ovsov, qui adopta le style du pointillé qui ressemblait aux miniatures françaises et anglaises. 

C’est seulement en 1763 que l’archevêque de Rostov ordonne la fondation du premier atelier d’icônes en peinture à l’émail : c’est une forme de miniature appelée finift qui passe très rapidement du milieu religieux au milieu profane. 

Commençant en 1845 et jusqu’à 1872, la célèbre manufacture de porcelaine de Sèvres ouvre son atelier d’émail artistique. René Lalique est connu comme un grand représentant de l’émail dans l’Art Nouveau.

De même temps, le samouraï japonais Kaji Tsukenichi découvre comment reproduire les émaux cloisonné chinois et ouvre la première manufacture d’émail à Nagoya, tant importante qu’il reçoit des reconnaissances par l’État. L’Émail été déjà arrivé au Japon en 1620, mais il n’avait jamais eu le même succès qu’à cette période jusqu’à environs 1960.

Une couple de vases de Kaji Tsunekichi en Yūsen-Shippō (émail cloisonné japonais), fin du XIXe siècle.

La fin du XIXe siècle voit l’abandonnement des portraits à cause de l’invention du daguerréotype. Une exception importante est Carl Fabergé de St. Pétersbourg, qui invente l’application des émaux transparents et translucides sur or et argent travaillés avec la machine à guillocher. Il est célèbre pour sa production d’œufs-surprises pour les tsars russes. 

Un représentant italien de l’Art Nouveau et Vincenzo Miranda, un orfèvre de Naples qui porte un de ses bijoux à l’exposition international de 1900. En Autriche, les noms les plus importants sont ceux d’Hermann Ratzersdorfer et Hermann Böhm à Vienne qui créent des miniatures en peinture à l’émail.

Entre les grands artistes de l’émail au XXe siècle, on rappelle en particulier les noms de Robert Barriot en France, Egino Weinert en Allemagne et, en Italie, Giuseppe Guidi (1880-1931), Giuseppe Maretto (1908—1984) et Mario Maré (1921-1993). Ces maîtres utilisaient une technique unique, connue par Maretto sous le nom de « taglio molle » (coupe mol) où l’on grave les contours du dessin sur l’émail cru après la cuisson ; ainsi on obtient un bas-relief et les émaux de différentes couleurs sont bien séparés entre eux.

Aussi en Italie, beaucoup de designers comme Gio Ponti, Armando Pomodoro et Sottsass collaborent avec de grands émailleurs comme Paolo De Poli, Franco Bucci, Franco Bastianelli ou le « Studio del Campo » pour la production d’objets de design très innovants. La fondation du C.K.I. en 1979 a été un des événements les plus importants qui ont aidé pour la renaissance de l’émail au niveau international grâce à la collaboration des artistes.

CONCLUSION

Sur une période de 35 siècles, de nombreuses techniques d'émaillage ont été développées, en passant par de nombreuses populations se distinguant par la culture, la religion et l'origine sociale. Elles ont été absorbées et diffusées par de nombreuses écoles et mouvements artistiques, la fascination particulière pour cet art appliqué a surmonté toutes sortes d'obstacles, pour atteindre notre temps de façon presque intacte. Cela reste un art difficile et destiné à une élite d'artistes qui ont une passion pour des résultats étonnants qui ne deviennent visibles qu'après quelques dizaines de cuisson à 800 °C. Les aléas de la destinée ont conservé ces techniques et nous parviennent aujourd’hui presque inchangées, comme montrent les exemples suivants:

Le Cloisonné, avec des oeuvres créées par Egino Weinert de Cologne et un vieil artiste de 90 ans Gertrud Rittmann-Fischer qui racontent des histoires et textes de poésie à partir de l’émail et la technique Translucide de Larisa Solomnikova.

Egino Weinert                         Gertrud Rittmann-Fischer                  Larisa Solomnikova

- Le Ronde-Bosse, le Champlevé et le Plique-à-jour, utilisés par les orfèvres.

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- La technique Grisaille, préservé par une élite de maîtres comme Jean Zamora.

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- On trouve aussi quelques exemples d’execution abstracte comme cet émail du futuriste Bucci…

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…ou la perfection de l’émail-peint atteinte par Bétourné de Limoges, Monna Margarita par Francesc Vilasis-Capalleja de Barcelone, ou l'émotion artistique de l'Italien Micaela Doni.

Betourné                         -                 Francesc Vilasís-Capalleja

Micaela Doni

Imaginons Léonardo utilisant des émaux pour peindre l'un de ses chefs-d'oeuvre, la Joconde exposée au Louvre aujourd'hui, à l'abri des détériorations dues au temps: comme si la Joconde était encore «neuve», conservant ses couleurs vives et originelles, extraite d'un four par les mains expertes du Maestro.

Comparaison de durée : à gauche et en haut, la Joconde (1510, peinture a l’huile) de Léonardo da Vinci, avec ses rides de vieillissements. A droite et en bas, le portrait de Marie reine d'Ecosse et de France (1559-1560, émail sur cuivre): il apparaît comme s’il venait juste de sortir du four.

Mais Léonardo avait compris les incroyables propriétés de l’émail, en particulier sa résistance au temps. Voici ses considérations dans son Traité de la Peinture².

"La peinture faite sur cuivre revêtu d'émail blanc avec des couleurs a l'émail, mise au feu et fondue, dépasse la sculpture par durée"

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1. Collection Campana dans le Musée du Louvre.

2. Collection de manuscriptes de Léonardo publiée posthume par Francesco Melzi entre les années 1519-1542.